Glass-and-Sand

Futile musings of an old ghost

Guerre

Note de lecture: Guerre, par Louis-Ferdinand Céline, Éditions Gallimard ©2022

En octobre 1914 le brigadier Ferdinand Destouches (Céline, l’auteur, et le caractère de Guerre) est posté sur le front des Flandres avec son régiment de cavalerie. Peu après, l’artillerie bavaroise anéantit son convoi: il n’y a que deux survivants, Ferdinand, gravement blessé à la tête, et un autre soldat, rendu sourd et muet par ses blessures. Pour les autorités militaires, Ferdinand est donc le seul témoin, et suspect possible. Céline écrit ces feuillets, publiés seulement en 2022, vers 1930:

“J’ai résolu d’éditer Mort à crédit“, écrit-il en juillet 1934 à Robert Denoël, “1er livre, l’année prochaine Enfance, Guerre, Londres.” ce qui suggère que Guerre soit peut-être l’ébauche d’un chapitre additionnel de Mort à crédit. L’écriture est donc contemporaine des témoignages de Ernst Jünger (Tempête d’acier) qui décrit le carnage du côté allemand.

Dans son avant-propos, François Gibault écrit: “Ce livre tient à la fois du récit et du roman. Un récit qui, au fil des pages, devient de plus en plus romancé… Ces pages ont un accent de vérité qui donne à penser qu’il s’agit de la relation de souvenirs vrais, y compris lorsque qu’un soldat anglais lui vient en aide, avec lequel il parle anglais et grâce auquel il parvient à regagner nos lignes.”

“Le capitaine Schneider, commandant le 2e escadron du 12e régiment de cuirassiers, dans lequel servait Louis Destouches, écrivit au père de ce dernier:

“Votre fils vient d’être blessé, il est tombé en brave, allant au devant des balles avec un entrain et un courage dont il ne s’est pas départi depuis le début de la campagne.”

“Ce comportement héroïque est confirmé par la citation qui lui fut ensuite décernée…” Ceci fut suivi par la médaille militaire le 24 novembre, et la croix de guerre en avril 1915.

Dans le livre, la blessure de Ferdinand a détruit l’un de ses tympans, la balle est encore dans son oreille, ce qui lui cause des violentes migraines et une cacophonie permanente de bruits divers:

“Ça ne servait à rien de se révolter. C’est la première fois dans cette mélasse pleine d’obus qui passaient en sifflant que j’ai dormi, dans tout le bruit qu’on a voulu, sans tout à fait perdre conscience, c’est à dire dans l’horreur en somme. Sauf pendant les heures où on m’a opéré, j’ai plus jamais perdu tout à fait conscience. J’ai toujours dormi ainsi dans le bruit atroce depuis décembre 14. J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête.”

Sauvé par une patrouille anglaise, Ferdinand est envoyé à l’hôpital de Perdu-en-Lys, une petite ville de garnison, à quelques kilomètres du front. Là, Ferdinand a à se soumettre aux attentions de l’infirmière Mademoiselle L’Espinasse. Il craint d’avoir la balle extirpée de son oreille par le docteur Méconille. Plus tard il fait la connaissance de Bébert, aussi nommé Cascade, souteneur et déserteur probable.

“Un matin je vois entrer un général (sic) à quatre galons dans la salle, précédé par L’Espinasse précisément. À la façon de la gueule qu’ils faisaient tous les deux, je sens le malheur qui fonce. Ferdinand, que je me dis, voilà l’ennemi, le vrai de vrai, celui de ta viande et de ton tout… regarde la gueule de ce général là, si tu le loupes il te loupera pas, où que je me trouve, que je me dis pour moi tout seul. Ça me sépare du monde. À l’instant, y a plus que l’instinct qui me parle et qui se trompe pas.”

Le commandant Récumel est rapporteur au Conseil de Guerre du 92e corps d’armée, qui vient enquêter sur les circonstances de la destruction du convoi de Ferdinand. Ferdinand flaire le danger, une possible accusation de trahison, ou de désertion, et son exécution. “La bouille de Récumel c’était pas du bonbon. J’avais connu forcément bien des gueules de gradés que même entrain de fouiner, un rat y aurait réfléchi avant de mordre dedans. Mais le commandant Récumel ça dépassait mon expérience en répulsions… S’il trouve un moyen ce mec-là, on te fusille au prochain lever du jour.” En fait, Ferdinand survit, et est même décoré, come Céline le fut. La fréquentation de Bébert , et plus tard de sa femme, Angèle, apporte à Ferdinand sa chance d’échapper à l’enfer et de s’enfuir en Angleterre. C’est donc le point de jonction enter Guerre et Mort à Crédit.

“La guerre m’avait donné aussi à moi une mer, pour moi tout seul, une grondante, une bien toute bruyante dans ma propre tête. Vive la guerre!”

Article du New Yorker: https://www.newyorker.com/culture/cultural-comment/a-newly-discovered-celine-novel-creates-a-stir

Wikipedia (UK): https://en.wikipedia.org/wiki/Louis-Ferdinand_C%C3%A9line

Photo: mon grand-père, Henri, prêt à partir au front, fin de 1914 ou 1915, archives personelles.

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